« Country » de François Liénard

ou un tintin au pays des métaphores …

Sans perdre pied et sans sombrer dans l’interstice provoqué par la lourdeur de la réalité, un tintin voyageur sans milou oscille, le regard droit et vif, dans une avalanche d’images incisées, d’enseignes flashées et de brèves rafales d’art et d’histoire. Sa trajectoire attentive et minutieuse capte, à peine contemplative, des volutes de mots qualifiés dans la vitesse du pas et des atmosphères effleurées par le chant secret et sensuel du piéton …

En commençant par des escapades portugaises, François Liénard a appris à faire doucement glisser son regard sur une sorte d’épure où le soleil se mêle de ce qui ne le regarde pas.

Tel un Robert Goffin minimal d’un début de troisième millénaire pédestre, l’enfant du Borinage, crâne au soleil, mains accrochées aux sangles du sac à dos, inventorie les images et ne s’arrête jamais ; à tel point que ses pauses même s’illustrent d’enseignes plus que de rencontres.

Hors le Portugal des « Azulejos », du Majestic ou du Bar Océan de Porto, ; loin des petits cafés de bières mal rasées, des liqueurs d’amande, du pain à la vache et de la morue qui se prend pour un porc, une quinzaine de « Lieux-dits » sont émaillés de moments localisés, de terrasses et de gastronomies : les montagnes de gyros carolorégiennes, l’Etaule et Chez Bouli en Gaume, la luxe-en-bourgeoise Brasserie des Nations. Dans le vin blanc du piège à tétanos de la tour Eiffel, les tripes que l’on achève dans un calva comme un livre ouvert pataugent. A Eghezée, où la forêt de sucre a l’âge des sorcières. Dans les bières et légendes, bus et guerres économiques, dans la ferraille et la tarte à la cassonade, chez Forst ou au Café du Bassin de La « chavéienne » Louvière. Dans la lourde et épaisse richesse des rognons à la polenta vénitiens, là où au bord de la somptueuse eau de vaisselle des canaux séculaires, les ponts sont habitables et les pigeons hystériques.

Tandis que dans un New York à quatrième vitesse où les enseignes post-pop deviennent visions tout autant que les brèves dias flashées d’une Copenhague sans Dotremont, le voyageur, dans un rare moment de nostalgie évoque ses amis aux doigts d’or et les sapins gaumais mêlant la France et la Belgique.

De fugitifs côtoiements de peintres, d’architectes, d’écrivains, et de musées émaillent ces parcours de leur force tranquille, petite aiguille des secondes, empêchant la dérive et les protégeant tant de la destruction que de l’émerveillement, chroniquant ainsi finalement dix-sept années comme autant « d’eaux de pierre ».

Ghislain Olivier

Août 2008

*François Liénard, « Country », Azulejos suivi de Lieux-dits, les éditions de l’heure, Charleroi, 95 pages, 8,00€.

Personnage atypique du monde artistique et littéraire en Belgique, le Borain François Liénard a fondé avec Valérie Péclow le Chalet de Haute Nuit (Haute Nuit étant le nom d’un groupe surréaliste wallon des années ’40) en1994. 2OO artistes y ont été invités dans une septantaine d’expositions. Outre la publication de catalogues, de fascicules, de feuilles volantes, de prospectus, de tracts revendiqués et de collages, il a mis sur pied « L.E.Q.C.D.N.A.C.P. », «  Les Editions Qui Changent De Nom A Chaque Parution » qui comptent plus de quarante titres ... et deux best-sellers (Charleroy, mon amour et  Mythes et légendes du Pays de Charleroy). On retiendra également comme ouvrages de référence « L.E.Q.C.D.N.A.C.P. », le catalogue des éditions et « Le Chalet de Haute Nuit (1994-2006°) ».

Contacts : lechaletdehautenuit@gmail.com